Quand on parle de formation entre infirmières libérales, une seule chose revient : le DPC. L’obligation. La case à cocher. Et on s’arrête là.
C’est dommage — parce que derrière ce mot un peu administratif se cache un vrai droit, plusieurs financements que vous payez déjà sans forcément les utiliser, et un levier que presque personne n’exploite : celui d’investir dans une compétence, la vôtre ou celle de quelqu’un qui travaille avec vous.
Faisons le tour, simplement.
Ce qui est financé : trois circuits, à ne pas confondre
Il existe trois enveloppes distinctes, non exclusives. Vous pouvez très bien en cumuler plusieurs dans l’année.
Le DPC (Développement Professionnel Continu). C’est l’obligation : sur une période de trois ans, vous devez justifier d’un parcours de formation continue et/ou d’évaluation de vos pratiques. Mais « obligation » ne veut pas dire « à vos frais » : pour une IDEL conventionnée, les frais pédagogiques sont pris en charge à 100 %, réglés directement à l’organisme, sans avance ni reste à charge. S’y ajoute une indemnisation de votre perte de ressources, versée à l’heure dans la limite d’un forfait annuel. Tout se passe sur mondpc.fr, avec un organisme enregistré auprès de l’Agence du DPC.
Le FIF-PL. C’est la formation « volontaire », celle que vous choisissez en plus. Elle est financée par la Contribution à la Formation Professionnelle (CFP) que vous versez chaque année à l’URSSAF (de l’ordre de 120 € en 2026). En échange de cette cotisation, le FIF-PL prend en charge vos formations « cœur de métier » — plaies, douleur, diabète, soins palliatifs, cotation, et bien d’autres — dans la limite d’un plafond annuel (autour de 900 € par an, avec des enveloppes spécifiques plus élevées pour les formations longues). La demande se fait sur fifpl.fr, dès le démarrage de la formation.
Le CPF (Compte Personnel de Formation). Oui, les libérales en ont un aussi. Si vous êtes à jour de votre CFP, il se crédite d’environ 500 € par an (plafond 5 000 €), mobilisables sur moncompteformation.gouv.fr pour des formations éligibles.
Rien que là, beaucoup d’infirmières laissent des droits dormir. Le premier réflexe, c’est déjà de vérifier ce à quoi vous avez droit.
Le levier qu’on oublie : une formation, c’est une charge déductible
Voici le point que presque personne ne vous dit.
Même sans prise en charge par le DPC ou le FIF-PL, une formation en lien avec votre activité est une dépense professionnelle déductible de votre bénéfice imposable (BNC). Autrement dit : vous investissez dans une compétence, et cette dépense baisse votre résultat imposable. La seule condition qui compte vraiment : que la formation ait un lien direct avec votre exercice.
Ça change la façon de voir les choses. Une formation n’est pas seulement une « dépense ». C’est un investissement, en partie porté par une baisse d’impôt, qui vous rend plus sûre de vous là où ça compte.
Et les personnes qui travaillent avec vous ?
C’est là que ça devient intéressant — et que beaucoup passent à côté.
Imaginez : vous exercez en maison de santé, ou vous vous êtes associée, et une secrétaire ou une assistante gère une partie de l’administratif. Elle est sérieuse, elle a l’habitude. Mais êtes-vous sûre de sa formation sur la facturation, la cotation, les règles NGAP qui évoluent sans cesse ?
Bonne nouvelle : dès lors que vous êtes employeur (un contrat de travail existe), vous pouvez financer sa montée en compétence. C’est le rôle des OPCO (opérateurs de compétences) et du plan de développement des compétences : faire monter votre personnel sur une compétence utile — la facturation, un logiciel métier, le secrétariat de santé — avec une prise en charge possible du coût, et une dépense déductible pour vous.
Payer pour s’assurer des compétences de qui vous accompagne, ce n’est pas une dépense de confort. C’est protéger votre activité : une facturation juste, moins d’erreurs, moins de risque le jour d’un contrôle. On délègue mieux quand on sait à qui.
Toutes les formations ne se valent pas
Un dernier mot, en toute transparence.
Pour être financée par un fonds public ou mutualisé (DPC, FIF-PL, CPF), une formation doit être portée par un organisme certifié Qualiopi — ou enregistré auprès de l’Agence du DPC pour le volet DPC. C’est une condition de prise en charge, pas un label de qualité en soi.
Et à l’inverse : une formation non référencée peut tout à fait être suivie. Vous la payez directement, elle reste déductible — elle n’ouvre simplement pas de prise en charge par ces fonds. Or, certaines de ces formations, portées par des consœurs de terrain, apportent autant, sinon plus : parce qu’elles ne se contentent pas de dérouler une grille, elles accompagnent — dans votre réalité, avec vos vraies questions.
La vraie question n’est donc pas seulement « est-ce financé ? », mais « qu’est-ce que ça change concrètement pour moi, et pour ceux qui travaillent avec moi ? »
Se former, c’est reconnaître que le métier bouge
Le maintien à domicile se complexifie. Les compétences indispensables d’aujourd’hui — coordonner, tracer, sécuriser la cotation, accompagner des situations lourdes — ne sont pas celles qu’on nous a toutes transmises au départ. Se former, financer une compétence, s’entourer de personnes réellement formées : c’est refuser de subir, et choisir d’exercer avec clarté.
Vous avez des droits. Vous avez un levier fiscal. Et vous avez le choix des personnes qui vous entourent. C’est déjà beaucoup — à condition de le savoir.
Information générale à jour 2026, ne constitue pas un conseil fiscal ni juridique. Montants et plafonds sont revalorisés régulièrement : vérifiez les valeurs en vigueur (fifpl.fr, agencedpc.fr, moncompteformation.gouv.fr) et rapprochez-vous de votre comptable pour votre situation. — Synergie Soins® · HOP’Synergie
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