« Balance ton gaspi » : le gaspillage qu’on paie tous, et ce qui change

Tu l’as forcément vu chez tes patients : des placards entiers de pansements neufs, de compresses, de dispositifs jamais ouverts. Commandés « au cas où », livrés en trop, périmés sur place. Ce n’est pas juste du désordre : c’est de l’argent public, versé par l’Assurance maladie, qui part à la benne. Un syndicat a décidé de le montrer au grand jour — et la réglementation, enfin, commence à bouger. Et devine qui est au cœur de la solution ? Toi.

« Balance ton gaspi » : sortir le gaspillage de l’ombre

L’opération « Balance ton gaspi », menée par le syndicat Convergence Infirmière, consiste à collecter et exposer publiquement, sur les places de villes, le matériel de soins gaspillé récupéré chez les patients. Une première vague le 2 avril 2024 dans 9 villes, une seconde le 2 avril 2025 dans 12 villes de France. Des montagnes de produits neufs, payés, inutilisés.

Derrière l’image choc, un chiffrage. Le syndicat estime le gaspillage de matériel de soins à 123 millions d’euros par mois — soit près de 1,476 milliard d’euros par an. Un chiffre suffisamment sérieux pour que Convergence Infirmière soit auditionné par la Cour des comptes à ce sujet. On ne parle pas d’un détail : on parle d’un milliard et demi d’euros qui pourrait financer autre chose que des poubelles.

D’où vient ce gaspillage ?

Le mécanisme est simple. En sortie d’hospitalisation, ou sur une ordonnance large, on prescrivait des quantités calées sur une durée longue — parfois un mois entier de pansements — alors que la plaie évolue, que le protocole change au bout de quelques jours, que le patient guérit plus vite que prévu. Résultat : on délivre d’un coup ce qui ne servira jamais.

La logique de bon sens, c’est celle que tu appliques déjà sur le terrain : délivrer au fil des besoins, réévaluer, adapter. Encore fallait-il que la règle le permette.

Ce que dit l’arrêté : la première délivrance limitée à 7 jours

C’est chose faite. L’arrêté du 13 mars 2025 (publié au Journal officiel n°0067 du 19 mars 2025), en vigueur depuis le 1er avril 2025, pose une règle claire : la première délivrance des pansements par le pharmacien est limitée à 7 jours de traitement. Au-delà, le renouvellement se fait à la demande du patient, en fonction de ses besoins et dans la limite de la durée mentionnée sur l’ordonnance.

Traduction concrète : on ne déverse plus un mois de matériel d’un coup. On délivre une semaine, et c’est toi qui, au chevet, évalues la plaie et ajustes. Fini les stocks morts dans les placards. C’est une victoire écologique et économique — et elle repose sur ton évaluation clinique.

L’avenant 11 : l’infirmière devient la clé de voûte

Et ça va plus loin. L’avenant 11 à la convention nationale des infirmiers (signé le 31 mars 2026, approuvé par arrêté du 5 mai 2026) reconnaît enfin ce rôle. Deux mesures majeures, dont le déploiement s’étale sur fin 2026 et 2027 :

  • un bilan de plaie : un nouvel acte infirmier pour évaluer une plaie et poser le bon plan de soins ;
  • l’accès direct aux plaies simples sans ordonnance médicale : tu pourras assurer et facturer la prise en charge d’une plaie non chirurgicale sans avoir à renvoyer le patient chercher une nouvelle prescription.

À noter : l’avenant 11 ne modifie pas le forfait BSI lui-même, mais il renforce nettement ton rôle de prescriptrice et d’évaluatrice sur les plaies.

Autrement dit : moins d’allers-retours inutiles chez le médecin, moins d’ordonnances de « recharge », moins de sur-délivrance. La boucle se referme — et c’est l’infirmière, au plus près du patient, qui la tient.

Le fil rouge : moins de gaspillage à l’entrée, un bon tri à la sortie

Il y a une vraie cohérence dans tout ça. On agit en amont — délivrer juste, prescrire au bon rythme, éviter le stock mort — et en aval — trier et éliminer correctement ce qui a servi. C’est le même métier, la même conscience : celle d’une infirmière qui ne se contente pas d’exécuter, mais qui pense l’ensemble de la chaîne, du bon usage jusqu’au bon déchet.


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Et pour que l’info circule bien entre soignants d’un même patient — un protocole de plaie, une délivrance à ajuster — c’est tout l’esprit de Synergie Soins® : un espace de communication et de coordination autour du patient, conforme au RGPD et à la certification HDS, données hébergées en France ; ni un dossier de soin, ni un service d’urgence.


Sources : Arrêté du 13 mars 2025 relatif à la première délivrance des pansements (JORF n°0067 du 19 mars 2025), en vigueur le 1er avril 2025 ; ameli.fr — « Pansements : leur première délivrance est limitée à 7 jours » ; opération « Balance ton gaspi » et chiffrage du gaspillage (Convergence Infirmière ; estimation 123 M€/mois, 1,476 Md€/an ; audition Cour des comptes) ; avenant n° 11 à la convention nationale des infirmiers (signé le 31 mars 2026, approuvé par arrêté du 5 mai 2026) — bilan de plaie et accès direct aux plaies simples sans ordonnance (déploiement fin 2026-2027) ; l’avenant 11 ne modifie pas le forfait BSI. Ressource pédagogique ; montants et cotations indicatifs, à vérifier sur la NGAP et les textes en vigueur. Ne te sous-cote plus.

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