« Elle pourrait quand même lui mettre son suppositoire, non ? » Cette phrase, on l’entend souvent au domicile. Et la réponse — non — n’a rien à voir avec la bonne volonté de l’auxiliaire de vie. Elle tient à une frontière précise entre deux métiers qu’on confond trop souvent. Comprendre qui a le droit de faire quoi, ce n’est pas de la paperasse : c’est ce qui protège la personne aidée, sécurise les professionnels et évite bien des malentendus.
Deux formations différentes
L’auxiliaire de vie relève de l’accompagnement de la vie quotidienne. Sa qualification passe par le Titre professionnel Assistant de vie aux familles (ADVF) ou le Diplôme d’État d’Accompagnant Éducatif et Social (DEAES). Son cœur de métier : aider à se lever, à la toilette non médicalisée, aux repas, aux courses, au lien social.
L’aide-soignant(e) relève du soin. Sa qualification passe par le Diplôme d’État d’Aide-Soignant (DEAS), profondément rénové par l’arrêté du 10 juin 2021 (nouveau référentiel, rentrée 2021). La formation, en blocs de compétences avec une part importante de stages, prépare à participer aux soins — pas seulement à accompagner le quotidien.
La différence en une phrase : l’auxiliaire de vie accompagne la vie ; l’aide-soignante participe au soin. Deux métiers utiles, complémentaires — mais qui ne se substituent pas l’un à l’autre.
Qui a le droit de faire quoi
Le partage repose sur une logique simple : l’acte de la vie courante d’un côté, l’acte de soin de l’autre.
| Situation | Auxiliaire de vie | Aide-soignant(e) | Infirmier(ère) |
|---|---|---|---|
| Aide à la toilette (non médicalisée) | Oui | Oui | Oui |
| Aide à la prise d’un médicament oral simple (selon prescription) | Oui, si sans difficulté particulière (art. L.313-26 CASF) | Oui | Oui |
| Introduction d’un suppositoire | Non | Oui, depuis 2021, en collaboration et sous responsabilité de l’IDE | Oui |
| Surveillance de la glycémie capillaire | Non | Oui (référentiel 2021) | Oui |
| Injection, perfusion, pansement complexe | Non | Non | Oui |
Pour les médicaments, l’article L.313-26 du Code de l’action sociale et des familles pose le repère : l’aide à la prise peut être assurée par une personne chargée de l’aide à la vie courante lorsque, au vu de la prescription, le mode de prise ne présente ni difficulté d’administration ni besoin d’apprentissage particulier. Dès qu’un geste technique ou une surveillance sont requis, on bascule dans le soin.
Le cas du suppositoire : pourquoi « non »
L’introduction d’un suppositoire (un laxatif type Éductyl, par exemple) est un acte de soin : administration d’un médicament par voie rectale, avec une surveillance derrière — l’efficacité, la tolérance, l’observation des selles, qui devront être tracées et transmises.
- L’auxiliaire de vie ne peut pas le réaliser : c’est hors de son champ.
- L’aide-soignante peut le faire depuis le référentiel de 2021 — mais en collaboration et sous la responsabilité de l’infirmier, et selon le protocole du service et la formation reçue.
- L’infirmier le réalise dans son rôle propre ou sur prescription.
Ce n’est pas un refus, c’est une protection. Demander à quelqu’un un acte hors de son champ, c’est le mettre en faute et exposer la personne aidée. Respecter la frontière protège les deux.
Complémentaires, à condition d’être reliés
Auxiliaire de vie, aide-soignant, infirmier : autour d’une même personne, ces trois métiers se relaient dans la journée. La qualité de l’accompagnement ne dépend pas seulement de ce que chacun sait faire — mais de ce qui circule entre eux. Une observation de l’auxiliaire de vie le matin (« il n’a pas été à la selle depuis trois jours ») doit parvenir à l’aide-soignante ou à l’infirmière. Sans canal commun, l’information se perd, et c’est la personne qui en pâtit.
Questions fréquentes
Une aide-soignante peut-elle tout faire ce que fait une infirmière ?
Non. Depuis 2021, elle réalise davantage d’actes (dont l’introduction d’un suppositoire), mais toujours en collaboration et sous la responsabilité de l’infirmier. Les injections, perfusions, sondages et soins complexes restent réservés à l’IDE.
Pourquoi mon auxiliaire de vie refuse-t-elle de donner certains médicaments ?
Parce que l’aide à la prise ne vaut que pour les prises simples, sans difficulté particulière, au vu de la prescription (art. L.313-26 CASF). Un suppositoire, une injection, une préparation technique relèvent du soin.
Comment savoir qui doit faire quoi chez mon proche ?
En clarifiant les rôles dès le départ avec le service et l’infirmier référent, et en gardant une information partagée entre tous les intervenants.
Pour aller plus loin
📄 Fiche offerte — « Bien choisir les intervenants de votre proche » : les 10 questions à poser pour confier votre proche à la bonne personne. Recevoir les 10 questions.
Respecter les rôles, c’est bien. Relier l’auxiliaire de vie, l’aide-soignante, l’infirmière et la famille autour de la personne, c’est mieux : Synergie Soins®.
Sources : Légifrance (arrêté du 10 juin 2021 – diplôme d’État d’aide-soignant ; articles R.4311-4 et R.4311-5 du Code de la santé publique ; article L.313-26 du CASF ; arrêté du 4 juillet 2023 – ADVF ; arrêté du 30 août 2021 – DEAES). Information générale à jour 2026, ne constitue pas un conseil juridique ni médical ; la réalisation effective d’un acte par l’aide-soignant dépend du protocole du service, de la formation reçue et de la validation par l’infirmier.
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