C’est une phrase qu’on entend souvent, avec une pointe de reproche : « mon infirmière refuse de faire la toilette de maman ». Pourtant, la toilette est bien un soin qui relève de l’infirmière. Alors pourquoi ce refus ? Parce que, très souvent, il ne s’agit pas d’un refus de confort, mais d’une impossibilité réelle — de temps, d’organisation, et parfois de territoire. Comprendre ce qui se joue vraiment évite bien des tensions… et permet de trouver la bonne solution.
Oui, la toilette est un soin infirmier
Commençons par lever un malentendu : la toilette fait bien partie des soins que l’infirmière peut réaliser. Les soins d’hygiène relèvent de son rôle propre (le cadre de compétences infirmier, inscrit dans le Code de la santé publique et actualisé en 2026). Pour les patients dépendants, cette toilette-soin s’inscrit dans le Bilan de Soins Infirmiers (BSI). L’infirmière peut aussi la déléguer à une aide-soignante, sous sa responsabilité. Donc non, « ce n’est pas dans ses compétences » n’est pas la bonne explication.
La « liberté de choisir ses soins » : un mot mal compris
On entend parfois qu’une infirmière libérale « choisit ses soins ». C’est vrai, mais pas au sens qu’on imagine. Le code de déontologie l’autorise à ne pas débuter, ou à interrompre, une prise en charge — hors urgence — pour un motif professionnel ou personnel. Mais ce n’est pas un caprice : elle doit alors expliquer sa décision, orienter vers un confrère ou une structure adaptée, et assurer la continuité des soins. L’abandon, lui, est interdit. « Choisir ses soins » n’est donc pas « faire ce qui l’arrange » : c’est une décision encadrée, qui doit déboucher sur une solution pour le patient.
Le vrai sujet : le temps et l’organisation
Voici ce qu’on voit rarement de l’extérieur. Une infirmière libérale travaille en tournée : des créneaux serrés, des patients chroniques enchaînés, des soins techniques à heure fixe (insuline, pansements, injections). Une toilette complète — le corps, les dents, le shampoing, les ongles — prend facilement 30 à 45 minutes. Ajouter ça à une tournée déjà pleine, ce n’est pas une question de bonne volonté : c’est matériellement impossible.
Et quand l’état d’un patient se dégrade, les soins s’alourdissent encore. Un cabinet récemment installé, qui a encore de la place dans son planning, pourra prendre des toilettes ; un cabinet saturé, non. Ce n’est pas une différence de valeur — c’est une différence de disponibilité.
« Ne veut pas » ou « ne peut pas » ? Reprocher à une infirmière débordée de ne pas faire une toilette, c’est lui demander l’impossible. Le plus souvent, elle ne se dérobe pas : elle n’a tout simplement pas le créneau humain pour l’ajouter sans mettre en péril le reste de sa tournée.
Une inégalité de territoire, aussi
Ce qui est vrai à un endroit devient faux à un autre. Dans une zone sous-dotée — un désert médical, avec beaucoup de personnes âgées et peu de soignants — les infirmières sont sous l’eau, et les toilettes non médicalisées passent souvent en dernier. Sur un territoire à forte densité d’infirmières (certaines zones du Sud, des Outre-mer…), l’offre est tout autre, et la même demande trouve facilement preneur. La DREES le confirme : les inégalités de répartition des infirmières, surtout libérales, sont bien réelles. Avant de penser « mon infirmière ne veut pas », il vaut la peine de se demander : y a-t-il, ici, assez de soignants pour cette demande ?
Les bonnes solutions — et les démarches qu’elles supposent
Bonne nouvelle : la toilette d’hygiène (non médicalisée) n’a pas besoin d’une infirmière. Elle peut être assurée par une auxiliaire de vie (service d’aide à domicile, financé par l’APA ou la PCH) ou par une aide-soignante de SSIAD (sur prescription, prise en charge par l’Assurance Maladie). La réforme des Services Autonomie à Domicile (2023) et la logique de coordination portée par la loi « Ma Santé 2022 » vont d’ailleurs dans ce sens : mieux articuler aide et soin autour de la personne.
Mais ces solutions ne se mettent pas en place d’un claquement de doigts : elles supposent une évaluation, parfois une prescription, un dossier, et souvent le passage par une assistante sociale ou un dispositif d’appui à la coordination. C’est justement là qu’il faut anticiper — avant que la situation ne devienne urgente.
En un mot
Ce n’est pas que votre infirmière ne fait pas de toilette. C’est souvent qu’elle ne peut pas en ajouter une de plus, là, maintenant. La solution n’est pas de lui en vouloir, mais de trouver le bon relais — et de le préparer à temps.
Questions fréquentes
La toilette est-elle un acte infirmier ?
Oui : les soins d’hygiène relèvent du rôle propre infirmier, et pour les patients dépendants ils s’inscrivent dans le Bilan de Soins Infirmiers. Elle peut aussi être déléguée à une aide-soignante sous responsabilité de l’infirmière.
Une infirmière a-t-elle le droit de refuser une toilette ?
Elle peut refuser ou ne pas débuter une prise en charge (hors urgence), mais elle doit en expliquer la raison, orienter vers une autre solution et assurer la continuité des soins. Ce n’est pas un refus « libre » sans contrepartie.
Qui peut faire la toilette si ce n’est pas l’infirmière ?
Une auxiliaire de vie (toilette d’hygiène, financée par l’APA/PCH) ou une aide-soignante de SSIAD (sur prescription). Le bon interlocuteur dépend de la présence, ou non, d’une dimension de soin.
Pour aller plus loin
📄 Fiche offerte — « Aide à la toilette : les niveaux & la toilette médicalisée » : comprenez le vocabulaire, sachez qui fait quoi, demandez la bonne aide à la bonne personne. Recevoir la fiche.
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Sources : Légifrance (rôle propre infirmier – Code de la santé publique, cadre actualisé par le décret n° 2025-1306 ; code de déontologie infirmier) ; Assurance Maladie – Bilan de Soins Infirmiers ; Ordre national des infirmiers – refus/interruption de soins ; décret n° 2023-608 du 13 juillet 2023 – Services Autonomie à Domicile ; loi n° 2019-774 du 24 juillet 2019 – « Ma Santé 2022 » ; DREES – inégalités territoriales. Information générale à jour 2026, ne constitue pas un conseil juridique ni médical.
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