Ce besoin de parler qu’on garde dans sa voiture

Il y a un moment que beaucoup d’auxiliaires de vie connaissent par cœur. La portière qui claque. Le silence de l’habitacle. Et cette situation, celle qu’on vient de vivre, qui tourne encore dans la tête.

On aurait besoin d’en parler. Là, maintenant. De poser des mots sur ce qu’on a vu, ressenti, encaissé.

Mais à qui ?

Pas à la maison

La première réponse, ce serait la famille. Sauf que non.

D’abord parce qu’il y a le secret professionnel : ce qui se passe chez les personnes que vous accompagnez ne se raconte pas au dîner. Ensuite parce qu’on ne veut pas ramener tout cela chez soi, déverser le poids d’une journée difficile sur ses proches, transformer sa cuisine en salle de débriefing.

Alors on serre les dents. On dit « ça va » quand on nous demande comment s’est passée la journée. Et ce qu’on aurait eu besoin de déposer reste là, quelque part, à l’intérieur.

Pas comme à l’hôpital

On imagine parfois qu’il suffirait d’« équipes de soutien », de « temps de parole », comme il en existe ailleurs. Sauf que le domicile n’a rien à voir avec l’hôpital.

À l’hôpital, il y a des murs communs, un couloir, une salle de pause. On se croise. On peut, entre deux soins, glisser un mot à une collègue : « Tu as vu, pour Madame au 12 ? »

Au domicile, il n’y a pas de couloir. Il y a des routes. Le premier patient de la tournée du soir est parfois à trente minutes de voiture. Entre deux interventions, il n’y a pas de salle de pause : il y a un volant, un GPS, et la nuit qui tombe.

Et l’équipe ? Elle n’est jamais réunie au complet. L’une est en repos quand l’autre travaille. Une troisième est en congé, une quatrième en arrêt. Les soins, eux, ne s’arrêtent jamais : ils sont continus, du matin au soir, sept jours sur sept. Il n’existe tout simplement aucun moment où tout le monde est là en même temps pour parler d’une situation.

Ce n’est pas un manque de bonne volonté. C’est le rythme même du métier. On ne peut pas décréter une réunion d’équipe quand chacune est seule, à un endroit différent, à une heure différente.

Un isolement bien réel

Voilà pourquoi tant de professionnelles du domicile décrivent la même chose : une solitude qui n’a rien à voir avec le fait d’être entourée de gens toute la journée.

On est en contact humain permanent — avec les personnes accompagnées, leurs familles — et pourtant seule face à ce qu’on ressent. On porte des histoires lourdes, des fins de vie, des dégradations, des départs, sans espace prévu pour les déposer.

Reconnaître cet isolement, c’est déjà le prendre au sérieux. Ce n’est pas « se plaindre ». C’est nommer une réalité que l’organisation classique du travail ne voit pas, parce qu’elle a été pensée pour des murs, pas pour des routes.

De petites choses qui changent tout

La bonne nouvelle, c’est qu’il ne faut pas forcément de grands dispositifs. Il faut des petites choses, adaptées au rythme du domicile.

Un rituel personnel : quelques minutes de silence avant de redémarrer, une bougie le soir, deux lignes écrites dans un carnet pour poser ce qu’on a vécu. Une personne de confiance qu’on peut appeler — une collègue, une responsable — même brièvement, même depuis sa voiture. Et, quand c’est trop lourd, un professionnel : parler à un psychologue n’est pas un aveu de faiblesse, c’est une manière de continuer sans s’abîmer.

Partager n’efface pas la difficulté. Mais cela évite qu’elle ne devienne un poids qu’on porte seule, kilomètre après kilomètre.

Faire circuler la parole, même autrement

C’est aussi une conviction qui nous anime chez Synergie Soins : dans un accompagnement à domicile, l’information et la parole doivent pouvoir circuler, même quand l’équipe n’est jamais au même endroit. Se transmettre ce qui compte, savoir qu’on n’est pas seule à porter une situation, sentir qu’il existe un cercle autour de soi — au fond, c’est cela, travailler mieux ensemble.

Si ces mots vous parlent, notre guide Quand l’accompagnement s’arrête prolonge exactement cette réflexion, pour toutes celles qui accompagnent — et qui méritent, elles aussi, d’être accompagnées.


Synergie Soins® · HOP’Synergie — Prendre soin des autres, sans s’oublier.

Votre commentaire