Combien de fois soulève-t-on une personne dans une journée ? Faites le compte

On imagine souvent que le mal de dos des soignants vient d’un « faux mouvement », d’un gros effort ponctuel. La réalité est plus sournoise : ce sont surtout les petits gestes, répétés des dizaines de fois par jour, qui usent le corps.

Pour bien le comprendre, faisons un exercice simple : comptons.

Une journée auprès d’une personne très dépendante

Prenez une personne grabataire, ou presque. Sur une seule journée, voici ce qu’il faut faire — au moins.

La lever le matin, l’installer au fauteuil : un transfert. La toilette, où il faut la pencher, la tourner, la soutenir : plusieurs mobilisations. L’habillage : encore des soulèvements de membres, du buste. Le repas, l’installation, la réinstallation. Les changes dans la journée : à chaque fois, on tourne la personne d’un côté, puis de l’autre. Les repositionnements pour prévenir les escarres, recommandés toutes les deux à trois heures. Les transferts fauteuil-lit, lit-fauteuil. Et le coucher, le soir.

Additionnez. On arrive très vite à quinze, vingt, parfois quarante mobilisations dans une seule journée, pour une seule personne. Chacune engage le dos, les épaules, les bras.

Maintenant, multipliez

Une auxiliaire de vie, une infirmière, ne s’occupent pas d’une seule personne. Sur une tournée, elles enchaînent les domiciles. Ces vingt gestes deviennent cent. Sur une semaine, des centaines. Sur une carrière, des dizaines de milliers.

Pour un aidant, le calcul est différent mais pas moins lourd : c’est toujours la même personne, toujours les mêmes gestes, sept jours sur sept, sans relève, souvent la nuit comprise.

Voilà pourquoi la manutention manuelle est à l’origine d’environ la moitié des accidents du travail, et pourquoi le secteur de l’aide et du soin à la personne connaît près de trois fois plus d’accidents que la moyenne (Assurance Maladie). Ce n’est pas un manque de force ou de technique. C’est l’accumulation.

Le poids réel n’est pas celui qu’on croit

Un corps humain, même « aidé », c’est lourd. Soulever le buste d’une personne, c’est déjà déplacer plusieurs dizaines de kilos. Le faire penché en avant, dans une chambre étroite, à bout de bras, multiplie la contrainte sur les disques du dos.

Et le danger n’est pas dans le geste unique : c’est dans sa répétition. Un disque, un tendon, une épaule supportent une charge ponctuelle. Ce qu’ils ne supportent pas, c’est la même sollicitation, cent fois, sans récupération.

Ce que le comptage nous apprend

Faire ce calcul, ce n’est pas décourager. C’est rendre visible une charge invisible — et en tirer la bonne conclusion : puisque le problème vient du nombre et du poids de chaque manipulation, la prévention consiste à réduire les deux.

Réduire le poids de chaque geste : lit à bonne hauteur, lève-personne, drap de glisse pour faire glisser au lieu de porter. Réduire le nombre de gestes portés seul : se mettre à deux pour les transferts lourds, faire participer la personne quand elle le peut.

Chaque mobilisation qu’on n’a pas eu à porter à la seule force des bras, c’est un peu de dos épargné. Et sur une journée à vingt gestes, sur une carrière à des milliers, cela fait toute la différence entre tenir et s’abîmer.

Comptez vos gestes. Vous verrez pourquoi le matériel et l’entraide ne sont pas des options.


Information générale à jour 2026. Sources : Assurance Maladie – Risques professionnels (manutention, sinistralité du secteur aide et soin à la personne) ; INRS ; recommandations HAS sur la prévention des escarres (repositionnement). — Synergie Soins® · HOP’Synergie

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